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poésie & hermétisme - ésotérisme & érotisme - alchimie & surréalisme - franc-maçonnerie & symbolisme

ÉSOTÉRISME & ÉROTISME

Yoan Armand Gil — Ma-Dame ed Paris — Flambermont
Yoan Armand Gil

FEU DU DÉSIR & ART D'AMOUR

Mes ami.e.s,

Le Feu du désir est un feu primordial... une puissance archétypale. Bien plus qu'un simple instinct de promission du plaisir pour assurer la coïtation de reproduction de l'espèce humaine, celui-ci oeuvre à d'autres dimensions mystérieuses.

L'Art d'amour est l'alchimie de ce Feu du désir, la ch(y)mie* du visible et de l'invisible, de la réalité (de ce qui se signifie par le langage) et du réel (de ce qui ne peut s'articuler) ; il est un Art sacré qui transmet le chemin initiatique qui mène aux "Noces ch(y)miques" : l'Illumination intérieure.

Les Esprits mystiques initiés à cette connaissance ésotérique sont nommés "Éros supérieurs". Il leurs a été révélé l'Énergie cosmique du "buisson ardent biblique", du "joyau secret taoïste", de l'"athanor flamboyant" alchimique"...

Μαρία ἡ Μαγδαληνή — Marie-Madeleine — et ישוע — Jésus — ont témoigné de cette Union sacrée, dévoilée

Le Cantique des Cantiques dit de Salomon — Robert Morel (Editions R)

en langue des oiseaux dans le Chant d'amour du Couple cosmique : Le Cantique des Cantiques.

On retrouve ce même Chant hermético-érotique dans l'Ardhanārīśvara(Shakti et Shiva) ou encore dans les rites énergétiques égyptiens d'Hathor.

Ce Chant extatique n'est pas à proprement parler un plaisir physique, ce dernier, n'en étant que l'étincelle mais un "plus-de-jouirr" — une "plus-value" — d'Énergie spirituelle'. Par analogie à Hishiryō (非思量 non-penser du Zen (par-delà la pensée)), cette extase est en quelque sorte une "non-jouissance" ch(y)mique (par-delà, la jouissance ch(i)mique). 

Le Feu du désirSource ignée qui donne la vie — transmue cette non-jouissance en un "plus" de Conscience spirituelle jusqu'à ce que,  d'extase en extase, la Sainteté d'esprit — esprit purifié de l'ignorance et des passions soit acquise et s'incarne en actes d'amour, de compassion et de transmission. 

Par métaphore, ce Feu du désir est l'éclair du frottement de deux silex ; celui-ci, devient soit un modeste feu de joie (Éros inférieur) soit un splendide feu glorieux (Éros supérieur). Là où, "Le feu tire joie de sa forme", "Ici aussi les Dieux sont présents".

L'Éros — puissance créatrice — est un arc-en-ciel entre le terrestre et le céleste ; de fait, tout acte sexuel est par nature un acte divin même quand il se manifeste en son état naturel le plus sauvage... le plus animal, où qu'il s'exprime sans vergogne dans un érotisme débridé, au grand dam des prudes et pudibonds.

L'Église a imposé des règles soi-disant morales à la sexualité alors que la nature radicale de celle-ci est sans règle ; le tabou, la honte et la culpabilité sont, de facto, causes des principaux troubles névrotiques ; la r'évolution sexuelle moderne en transgressant le diktat ecclésiastique a fait gagner sans conteste en liberté sociale et santé publique.

Pour autant, l'activité sexuelle ne doit être compulsive. Elle doit rester mesurée (ni trop ni pas assez) et sa pratique, soumise à l'éthique — dans le sens de ce qui permet de rester dans une réalité esthétique — quelque soit la fantasmagorie et la surréalité consommées par le couple.

Si donc l'Éros équilibre l'être dans ses fonctions et dimensions psychiques, physiques, émotionnelles et énergétiques, mal "géré", il nuit également au développement spirituel car il est la clef qui ouvre le "saint dessin" des Noces Chymiques.

Cette Union mystique peut être perçue comme l'Essai  — hors-temps — d'une envolée lyrique et de jubilation surréaliste qui créant une trouée dans la pensée fait glisser les acteurs coïtants dans les abîmes de l'inconscient où se niche le Merveilleux ; que celui-ci, "Soit imaginaire ou réel, il importe peu, puisque .../ on restera dans le domaine des évènements  (de l'esprit, du coeur et du corps en pâmoison)", pour reprendre quelques mots de Reverdy dans sa revue française de poésie Nord-Sud. Cette imagination créatrice mystique qui relie deux nobles âmes soeurs a pour cour : l'Imaginal (de Corbin) qui autorise, sans équivoque, la copule exquise suivante : là "ça" jouit !

L'initiation mystérieuse des Noces Chymiques oblige à descendre dans les tréfonds de l'être pour y rencontrer les amphisbènes — fantasmes & jouissances interdites refoulées dans les profondeurs de l'inconscient — qui possèdent tant des propriétés venimeuses que médicinales. Le chemin du couple mystique s'éclaire une fois que sur leur couche devenue compost l'Étoile est apparue ; l'espérance d'être alors sur le bon chemin de l'Union sacrée réitère le Feu secret de leur désir.

Cette bataille intérieure menée avec sa ou son partenaire — la muse & l'artiste — est aussi véhémente que celle du mercure et du soufre dans le creuset de l'alchimiste ; "Ma-Dame de Paris" montre quelques luttes infernales et angéliques de

Rosarium Philosophorum — Jung
Rosarium Philosophorum

cet Amour exalté où les deux "monades" Féminin/Masculin s'attirent, s'aiment, se purifient et à nouveau se rejettent et se détruisent... jusqu'à l'ultime embrasement philosophale de l'esprit androgyne couronné que l'on retrouve dans le Rosarium Philosophorum.

Il ne faut pas confondre les monades "Féminin & Masculin" avec la féminité et la masculinité qui ne sont quant à elles que les artefacts d'une société, d'une époque, d'une mode, et de l'image que l'individu se fait de lui-même de la femme ou de l'homme qu'il pense être.

 

Mais, on le sait, une femme n'est pas constituée seulement de Féminin et l'homme de Masculin.

Si le sexe est anatomiquement définissable, le genre — la sexuation — est complexe à définir car il est le jeu de l'inconscient. Quoiqu'il en soit, le genre s'incarne dans tous les aspects de la vie intellectuelle psychologique physique mais également sociale familiale artistique... et bien évidemment dans la façon de trouver tant physiquement que psychiquement le plaisir sexuel.

Imaginons une ligne droite graduée avec à l'une des extrémités le Féminin et à l'autre le Masculin et un curseur ; là, où ce dernier s'arrête est par définition le genre ; de facto, il existe autant de genres que de graduations.

Alors qu'en est-il de l'androgynie — du grec andros "homme" et gunê "femme" — dont il a été parlée ?

L'androgénie n'ai pas une question de calcul d'androgènes et d'hormones sexuelles de style transexualité qui la placerait, hypothétiquement, sur le médian de l'axe et en ferait le troisième sexe.

Bien plus, elle est une vertu d'esprit, une nature active spirituelle originelle qui ne peut réellement s'incarner ; sur terre, elle est du domaine du symbolique ; pour reprendre Jung, "Le cadavre (de l'Union mystique), ce qui reste de la fête, est déjà un nouveau corps, un hermaphrodite" pour ; ce corps hermaphrodite est bien esprit.

Lacan avait compris que l'Extase mystique, tourbillon vertigineux et mystérieux est d'une " Autre jouissance" ; cette non-jouissance par-delà la jouissance physique et psychique, nommée encore "Ré-jouissance", est immédiatement transmuée chez le couple en Conscience spirituelle ; le visage porte les traits de l'évolution de cette conscience acquise au fur et à mesure des transmutations. Les Noces ch(y)miques accélèrent le processus naturel des réincarnations (re-manifestation de l'âme). Comme il en est du plomb en or qui sans l'intervention de l'opération alchimique demanderait à la pierre des millénaires encore dans la mine avant de devenir pure.

Si dans les Noces Chymiques, l'aphorisme lacanien, "Il n'y a pas de rapport sexuel" a du sens (bien que l'interprétation ch(y)mique n'est pas à cet endroit celle de la psychanalyse), Nietzsche confirme ce dernier, au semblant paradoxal, que l'"Unio Mystica" n'est pas sans symptômes physiologiques concomitants la plus sensuelle et la plus conforme à la nature de la satisfaction sexuelle". 

 " Je suis en toi mon désir mon jardin. Je t'ai ouverte, je t'ai cultivée, je t'ai récoltée",

chante le phallus consommé et consumé qui en creux et en cendres annule les opposés Féminin/Masculin pour un seul corps androgyne : la Conscience cosmique. Le phallus, n'apparait plus dans la figure ci-dessus du Rosarium Philosphorum. (J'en ferai l'objet d'un  prochain article ; "Le phallus en creux").

Robert Morel exprimait dans sa préface du Cantique des Cantiques en 1984 aux Éditions R : "Au siècle dernier, la piété envisageait la sentimentalité, aujourd'hui la mystique ose faire ménage avec l'érotisme. L'Union ch(y)mique "Réfléchit l'image parfaite du couple, l'unité retrouvée, le va-et-vient de Dieu qui fait à Dieu qui est.../ "l'amour et la mort ont la même odeur".  Lorsque l'indianiste Michel Angot dit : " En occident Dieu est amour, en Inde Dieu fait l'amour ", ne montre t-il pas de façon soufflante, l'oeuvre sexuelle sous les deux visages exotérique et ésotérique du kama (désir).

La compréhension de l'Extase ch(y)mique — Extase alchimique — est intransmissible par le langage et les concepts  philosophiques et scientifiques ; seule la langue des oiseaux peut la transmettre  à de grandes oreilles ; en vérité,  cette "non-jouissance" androgyne******* rend créateur, clairvoyant, et fait acquérir sa propre autorité spirituelle et devenir — symboliquement — "flamine", dans le sens où est porté en soi, le Feu sacré du désir et de l'Art d'amour. Nous retrouvons bien entendu l'initiation à l'androgyne hermétique — alchimie de la Grande Médecine : le Grand-Oeuvre (Pierre philosophale) — des Grands Mystères d'Éleusis.

Laissons la conclusion à Jung  : "La sexualité non transformée reste un instinct aveugle : la sexualité éveillée devient le pont sacré entre l'âme et le corps, entre soi et l'univers". 

 

"Elle est bien enclose

Ma soeur ma fiancée

Comme un jardin de curé

Comme l'eau de la fontaine

Elle est bien pleine,

Ma grenade, ma fiancée                

Elle s'est frottée

Le ventre et les reins

Cantique des Cantiques dit de Salomon (R)— Robert Morel — page 54 & 55

Aux parfums que mon corps aime

C'est une eau pour mes jardins

J'irai puiser

Mon plaisir en elle

Épandue et mouillée

Celui-ci ma vue

Celui-ci m'a suivie

Celui-ci m'a attrapée

Celui-ci m'a dépouillée 

Celui-ci m'a fait cuire

Et lui m'a tout mangée

Je suis en toi

Mon désir mon jardin

Je t'ai ouverte, je t'ai 

cultivée, je t'ai récoltée."

 

*          William Blake

**            Aristote

***       Aphorisme emprunté à Jacques Lacan

****       La Ch(y)mie (avec un (Y) fait référence à l'alchimie et montre sa différence avec la ch(i)mie. Si la première fait intervenir dans ses opérations l'Esprit universel, la seconde ne sait le faire. Le (Y) par ailleurs est le symbole pythagoricien du bivium pythagoricien, de la croisée des chemins face à la dualité vice/vertu. Nous y trouvons également le Yin et le Yang.

*****     L'Ardhanārīśvara dans l'Hindouisme est la forme féminin masculin et de son indissocialbilité.

******   Hathor, déesse des festivités et de l'Amour.

*******  Le Banquet de Platon évoque le mythe de l'androgyne : "Jadis la nature humaine était bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui. D'abord, il y avait trois sortes d'hommes : les deux sexes qui subsistent encore, et un troisième composé de ces deux-là ; il a été détruit, le seule chose qui en reste c'est le nom. Cet animal formait une espèce particulière et s'appelait androgyne , parce qu'il réunissait le sexe masculin et le sexe féminin ; mais il n'existe plus, et son nom est en opprobe."

 

solve & coagula

 

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