poésie & hermétisme - ésotérisme & érotisme - alchimie & surréalisme - franc-maçonnerie & symbolisme
4 Décembre 2025
C'est un bonheur d'avoir pu mettre en oeuvre et orner mon recueil Ma-Dame de Paris
avec les dessins de l'artiste
Yoan Armand Gil.
Yoan Armand Gil regarde tous les arts dans l’optique d’une succession ininterrompue de leur histoire avec l’histoire des images, et agit dans de nombreux domaines – dessin, estampe, livre, sculpture, graphisme, musique, cinéma, performance… poursuivant une réflexion fluide. Il déplace des formes d’un lieu à l’autre comme part d’un continuum spatio-temporel. Image, assemblage de diverses parties ne résultant pas strictement d’un tout homogène mais reformées dans une unité parfaite. Images sans littérature, mais pas sans architecte. Les sources, les indices, l’authenticité sont un jeu où abondent fausses pistes et traquenards. L’image est autonome, le commentaire également.
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Les citations forment des télescopages qui ancrent son travail dans une généalogie où abondent les références aux arts de la mémoire et des jardins, à la magie, à l’alchimie, à l’art ancien et moderne, aux inventeurs du cinéma, à l’iconographie ésotérique, à l’infini corpus de l’estampe ou à l’imagerie populaire. Il joue de la pluralité des perspectives dans l’art, qu’il conçoit comme lieu d’incertitude et d’expérimentation, dans le processus d’élaboration et dans l’énonciation. Un art du détour, du décentrement, de la parodie, de la diversion, de l’insolence, du simulacre, de l’autodérision et de l’excentricité. Rendus divers, hors-temps et hors-champs cohabitent avec mise en pièces et collage. Dans les compositions, des lignes de force s’accentuent et se contrarient mutuellement, le regard est détourné de l’original cité afin d’agencer une image nouvelle pour un regard neuf. Dispersions, bifurcations, séries, citations, ruptures, répétitions sont les figures de style qui autorisent la survivance des strates empilées.
Ses dessins et ses estampes périscopiques agitent, avec une nonchalance nerveuse et une ardeur joyeuse, un pur monde dont les toniques sont le trait – noir et précieux -, et la couleur- en spots vifs. Son univers est une sorte de mirodrome idéalisé, en deux dimensions et sans perspective. Il plonge ses ciseaux dans l’imagier monstre, saisissant l’image sous toutes ses coutures.
Tout cela est traité, découpé, recyclé, scénarisé, colorisé, réorganisé, monté. Juste puissance du regard. L’art est une science de théâtre, une illusion entre la vie et la mort où se déroule le jeu des apparences, où l’imaginaire fixe les rêves.
Le mannequin, hiératiquement introduit dans ses toiles par Giorgio de Chirico, sublimé dans les poupées écartelées et reconstruites d’Hans Bellmer, objet néo-dada que les surréalistes désignent comme idéalement propice à provoquer ce sentiment freudien d’inquiétante étrangeté, est une carcasse vide, hyperréaliste, une coque sans chair que Yoan Armand Gil investit comme jouet, fusion d’humain, de mécanique poétique et de nature, parfois en autoportrait. Il joue de la confusion des règnes, végétalise la représentation de l’humain, nanti de chevelures de lichen, une touffe de mousse dans le thorax. Réminiscences des jardins maniéristes où la pierre et les plantes s’amalgament, l’art et la nature ayant renoncé à la partition.
Son œuvre comme totalité cohérente est formée de dispositifs hybrides liés par une bibliothèque encyclopédique - au sens de réservoir - des arts, des sciences et des civilisations. Un goût pour le kitsch, le suranné, le décalé, la bella maniera et la transgression suscitent une œuvre qui interroge le surgissement et la simultanéité des images avec une acuité puissante et originale.
Joëlle Busca
Docteur en Esthétique et Sciences de l'Art
In Plumes de cheval
Yoan Armand Gil et ses oeuvres
https://yagil3.wixsite.com/book/-propos1
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